Cinematic Orchestra, son idée, c’était de refaire la bande originale de films, plutôt anciens, inspirant des ambiances jazzy, en live, avec des musiciens ou des DJ. Jason Swinscoe, alors employé chez le très renommé label britannique Ninja Tune, ouvre un club pour cela, à l’aube des années 2000. 20 ans plus tard, Jason est toujours là, sa musique s’est déployée grâce à son groupe basé à Londres, et notamment son co-membre Domanic Smith, autre tête pensante du groupe. « To Believe », sorti récemment après 12 ans de silence studio, est l’album qu’ils sont venus défendre sur les terres polonaises.

Du dernier album, il en sera finalement peu question dans cette heure-et-demi de set. Vu les featurings présents dans « To Believe » : Moses Sumney, (qui , en studio, atteint des pics dans le morceau introductif), Roots Manuva (essentiel rappeur dans l’album « Everyday » de 2002, un retour en grâce ici), la chanteuse Tawiah, le folkman Grey Reverend, il était difficile de réunir tout le monde sur la même scène. On a en échange plusieurs envolées free jazz de haute facture, où le clavier peut évoquer le solo de « Riders on the Storm » des Doors , et le saxophone, la folie de Coltrane.

On a des interprétations de « The Man With The Movie Camera », leur album de 2003, qui est en fait une nouvelle bande originale qu’ils ont fait du titre muet, éponyme, de 1929. On a le chanteur / guitariste de la tournée qui interprète, en acoustique, la ballade folk (la seule de la soirée) « To Build A Home » de l’album « Ma Fleur » de 2007. Le point commun de tout cela, c’est bien sur l’imagerie cinématographique que leur musique suscite (bien de ces morceaux ont servi comme bande originale de films). Jamais vraiment électro, pas tout à fait rhythm’n’ blues, Cinematic Orchestra aura officié en tant que groupe de jazz ce soir, car si machines il y a eu, ce n’était que pour mieux appuyer cuivres, contrebasse et roulements de batterie (le batteur a tenu en haleine tout le public avec ses soli, assez caractéristiques, une fois encore, des concerts de jazz).

La chanteuse Heidi Vogel qui accompagne le groupe en tournée, interprétant en studio comme en live, entre autres, « A Promise », aura été une pièce maîtresse de cette soirée. C’est elle qui va insuffler ce qui évoque l’opéra, les grandeurs baroques telles que les a atteintes Fontella Bass dans « Ma Fleur ». Sans avoir le même perçant que sa prédécesseure, elle va (bien) la talonner ce soir-là dans sa version de « All that you Give » (« Everyday »). Les oreilles n’ont que pour ces suintements de voix, surprises aussi par cette tessiture complète et profonde. Là encore, Cinematic Orchestra n’aura pas déçu les espoirs de voir, à chacun de leur live, un authentique spectacle musical emprunt d’imaginaire.
Texte & Crédits Photos : Piotr Grudzinski










